La question environnementale est devenue un véritable enjeu pour les entreprises, en effet elles doivent faire face à la pression réglementaire et à celle exercée par la société en matière de protection de l’environnement. Aucune entreprise ne peut se permettre de négliger ses impacts environnementaux sans compromettre la légitimité de ses activités. Cette exigence environnementale nécessite des investissements considérables pour se conformer aux attentes de ses partenaires externes. Cette situation pose une problématique essentielle pour les entreprises qui doivent à la fois investir dans des actions pro environnementale, tout en considérant le besoin de limiter ses investissements non productifs afin de demeurer concurrentielle dans son secteur d’activité. Dans une telle situation, la marge manœuvre des dirigeants semblent très étroite. Toutefois, le succès ou l’échec de leurs décisions dépendra de la manière dont ils vont considérer la problématique. En effet, ces derniers doivent considérer l’enjeu environnemental comme une opportunité d’optimiser l’utilisation de leur ressource et d’augmenter leur productivité afin d’en tirer le plus grand bénéfice. Contrairement à ce que pourrait nous laisser penser les campagnes de communication sur l’environnement, c’est la recherche de rentabilité qui anime les entreprises dans leur démarche environnementale. Cette recherche de rentabilité est essentielle afin de concilier environnement et compétitivité. Cette conciliation se fait à travers l’éco-efficience qui amène une vision innovante de la problématique exposée précédemment en proposant des actions rentables qui s’avèrent également bénéfiques pour l’environnement, contrairement à une approche dans laquelle des actions environnementales sont entreprises dans un premier temps et a posteriori s’avèrent rentables.
Je vous présente ci-dessous un exemple détaillé de mise en œuvre réussie d’éco-éfficience au sein de Norsk Hydro. Cette exemple est tiré de la revue électronique en science de l’environnement : « Jean Kabongo, « Intégrer économie et écologie : le cas de l’industrie canadienne », VertigO
L’éco-efficience au quotidien : le cas de Norsk Hydro
L’usine de Norsk Hydro de Bécancour est sans aucun doute un exemple de gestion éco-efficiente. En opération depuis 1986, cette entreprise industrielle produit du magnésium pur et des alliages de ce métal à partir de la magnésite, qui provient principalement de Chine. Avec une production annuelle évaluée à 48 000 tonnes, le procédé d’électrolyse utilisé exige l’introduction et la manipulation de produits potentiellement toxiques, notamment l’acide chlorhydrique (HCl) et le chlore gazeux (Cl2). En plus, les multiples réactions chimiques survenant tout au long de ce procédé comportent un risque de présence de polluants dans les effluents, par exemple l’acide chlorhydrique ou le chlorure de magnésium (MgCl2), l’émanation de gaz à effet de serre comme l’hexafluorure de souffre (SF6) ou encore le gaz carbonique (CO2) et, éventuellement, la contamination des sols. Pour réduire tous ces effets et maximiser l’usage des intrants dans les systèmes de production, les dirigeants de Norsk Hydro Bécancour s’engageaient, à partir de 1990, dans un vaste et ambitieux programme de gestion efficace des processus. À l’instar des entreprises comme 3M, Interface ou encore General Motors qui ont recentré leurs activités sur le modèle inspiré de l’éco-efficience (Johansen, 1998; Issak, 2002), Norsk Hydro s’engageait à « produire le maximum de magnésium avec le minimum de ressources dans le respect de la génération actuelle et de celles qui vont suivre ». Cette vision qui s’inscrit dans la perspective de rationalisation de l’usage des ressources repose sur trois actions : respecter les lois et les normes environnementales en vigueur, prévenir et éliminer tout accident écologique, et réduire les pertes des matières premières et les émissions de polluants. Les structurations au niveau des ressources humaines ont exigé la mise sur pied de programmes de formation du personnel ainsi que de programmes d’information destinée à la clientèle et à la population avoisinante.
Ces changements de gestion de Norsk Hydro se sont accompagnés d’actions concrètes et de gestes quotidiens sur lesquels reposent les principes d’éco-efficience. En effet, des efforts soutenus ont été déployés pour améliorer de façon constante l’efficacité des procédés. Qu’il s’agisse de la révision du bon fonctionnement des équipements, du lavage des pompes HCl (acide chlorhydrique), NaOH (hydroxyde de sodium), NaOCl (hypochlorite de sodium), ou encore de l’achat de nouveaux équipements, les employés sont sensibilisés aux problèmes de perte et de gaspillage des matières utilisées. L’une des facettes des actions et des gestes concrets concerne plus directement le recyclage et la revalorisation des rejets. Avec environ 17 400 tonnes de boues générées par année, les dirigeants de Norsk Hydro s’engageaient à connaître les propriétés des résidus, ainsi qu’à contrôler et à calculer ces derniers, considérés désormais comme des ressources. L’analyse de la composition physique et chimique des boues révélait qu’elles contiennent près de 18 % de magnésium. Ainsi, Norsk Hydro est passé de l’enfouissement au développement d’un nouveau produit, le Mag III, la formule commercialisée des boues de magnésium.
Plusieurs autres réalisations témoignent de l’engagement « éco-efficient » de Norsk Hydro : la réduction des pertes d’acide, qui fait des économies de 500 000 $ par année; la réduction des pertes de chlorures à l’effluent, qui génère des gains de 1 000 000 $ par année; le programme de R&D, visant à entreprendre le remplacement de l’hexafluorure de souffre (SF6) avant la fin de 2005. Norsk Hydro a également développé ses propres indicateurs de performance environnementale et économique appelés FEED (effluent, énergie et déchets). Selon les données de l’entreprise, toutes ces actions et tous ces gestes, qui s’inscrivent dans le cadre d’une gestion éco-efficiente, en plus de la mise sur pied du programme FEED, représentaient en 2003 une économie de 4 000 $ par jour. Cette gestion éco-efficiente de Norsk Hydro lui a valu de nombreuses reconnaissances, en particulier le prix ÉcoGeste en 2001.